La compagnie des animaux

de René Gingras

une création du Théâtre d'Aujourd'hui

du 27 février au 24 mars 1990


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RÉSUMÉ

Dans une société confinée et étouffante, partition panique incestueuse mettant en scène Félixe, romancière, son éditeur d'ex-mari, son agente de fille, son pique-assiette d'amant et l'Avocate, lors d'un cocktail de lancement. Le matin même, l'éditeur a reçu une mise en demeure de la part d'un stand-up comic vedette de télé, accusant Félixe, dans sa dernière bouture romanesque, de plagier sa vie. Voici une famille tout a fait farfelue réunie de force autour de l'arbre de Noël et dont les voeux de bonheur sont prononcés sous une branche de gui attachée avec du fil barbelé! Tragicomédie de terreurs intimes et d'amours secrets qui voudraient survivre au cataclysme des fulgurations médiatiques et des bobards de petits fours. « Sommes-nous seulement vus? » se demande Beckett. Et si nous ne l'étions que trop?

texte et interprétation René Gingras mise en scène et scénographie Yves Desgagnés interprétation Roger Blay, Margaret McBrearty, Patricia Nolin, Michelle Rossignol figuration Marie Charlebois, Lyse Chayer, Robert Fortier, Wilma Ghezzi, Jean-Jacques Lamothe, Léon assistance à la mise en scène, conception sonore et régie Claude Lemelin costumes Odette Gadoury éclairages Kiki Nesbitt maquillages Jacques-Lee Pelletier perruques Constant Natale

texte et interprétation

René Gingras

mise en scène et scénographie

Yves Desgagnés

interprétation

Roger Blay

interprétation

Margaret McBrearty

interprétation

Patricia Nolin

interprétation

Michelle Rossignol

Paris, le 17 oct. 89

Bonjour Yves,
    Je te fais parvenir une copie révisée de La compagnie... Tu remarqueras que la mise en page est imparfaite (v.g. pp.65-65bis). J'ai dû user d'expédients parce que mon imprimante est brisée. Mais le texte, lui, est au poil. Je n'y touche plus... sauf requête de ta part, et changement d'idée de la mienne! Comme je t'ai déjà dit, j'ai supprimé la scène 2 (dont j'ai reporté des fragments plus loin). Si j'avais pu (ou si j'avais eu plus de courage?) j'en aurais coupé plus. Je suis convaincu que la pièce ne peut pas être très longue, entre autres, parce qu'entre le moment où la grande (et fausse?) question est posée (scène 1: qui est Loïc?) et le moment de la réponse, on est si bien entrainé dans le tourbillon des dévoilements émotifs qu'on pourrait perdre de vue l'énigme de départ.
    De toute façon, étant donné l'état d'esprit des personnages, tout ça pourrait autant se dérouler simultanément, sur une demi-heure de cocktail, qu'à la file, sur deux heures...
    À part quelques mots ça et là - la plupart du temps des trucs sonores - j'ai travaillé essentiellement sur l'avant-dernière scène, évidemment. Et j'aime bien la réplique finale: « Pis, on n'est pas bien, là? »... Tout retrouve un calme - bien qu'interrogatif et momentané.
    Revoyant ce texte, je suis dans une passe où je ne peux m'empêcher d'y lire l'état exact des sentiments, après les révoltes utopistes et hédonistes des années '60, le cynisme et la désespérance des années '70, et l'ère '80, égoïste et épidémique. Il faut dire que je donne beaucoup dans la modestie ces temps-ci: savais-tu que le titre de travail pour la pièce que j'écris, c'est : Le Siècle, conclusion?...
    Il va y avoir des questions sur la « notion » d'animal. Le syndrome « jurys pour scénarios de téléfilms... »: rien ne peut plus exister si ce n'est d'abord explicable, sloganisable, tartinable et immédiatement bouffable par le cochon de consommateur, ciblé par l'industrie de la culture!
    (L'« industrie culturelle »! La plus radicalement polluante. Celle qui tue ce qu'il nous restait d'invendable - et l'hécatombe est, par essence, indémontrable. Et vivent la santé iopie et les petits poumons roses.) Mais aussi, les questions seront bon signe. Ça voudra dire, peut-être, qu'on aura évité l'autre piège: le hip du rien-à-comprendre, de l'irréférentiel et du m'as-tu-vu.
    Alors, quoi donner comme réponse? La vérité (sauf sur la morsure, bien sûr...). Et renvoyer, délicatement mais fermement, les plus angoissés comme les plus achalants au chum Heidegger! Tu te souviens? La job qu'il assigne à la poésie... « La transformation du visible représentable en invisible pressenti par le coeur. »
    J'étais heureux de pouvoir parler avec Chantal, première rencontre avec une connaissance commune depuis la perte de Tristan (quelle perte; il y en a vraiment de plus irrationnelles que d'autres; celle-là, pour le théâtre québécois: nous avons tous eu un peu ce sentiment, on dirait...

René Gingras
 

Production

une création du Théâtre d'Aujourd'hui