Les Divines

de Denise Boucher

une coproduction du Théâtre d'Aujourd'hui et du Théâtre des Osses (Suisse)

Salle principale

du 8 mars au 4 avril 1996


PARTAGER
CETTE PAGE

RÉSUMÉ

Sept soeurs sont réunies dans la maison de leur mère à la campagne, pour tenter d'élucider la disparition de celle-ci. En un rituel qui ressemble à une célébration tragique, elles se racontent, les unes par rapport aux autres et par rapport à cette mère, qui a voulu s'emparer du monde et qui ne reviendra pas.

texte Denise Boucher mise en scène Gisèle Sallin interprétation Danielle Bissonnette, Marie-Hélène Gagnon, Pauline Lapointe, Monique Mercure, Michelle Rossignol, Marthe Turgeon, Julie Vincent assistance à la mise en scène et régie Josée Kleinbaum scénographie Claude Goyette costumes Véronique Borboën éclairages Claude Accolas sculptures Fabienne Sallin coiffures Constant Natale maquillages Jacques-Lee Pelletier

texte

Denise Boucher

mise en scène

Gisèle Sallin

interprétation

Danielle Bissonnette

interprétation

Marie-Hélène Gagnon

interprétation

Pauline Lapointe

interprétation

Monique Mercure

interprétation

Michelle Rossignol

interprétation

Marthe Turgeon

interprétation

Julie Vincent

D'abord, il y eut un cadeau. Une pierre venue d'un temple du nord des Indes et offerte à une poète par une amie de Paris. Marie-France Racine, la dédicataire des Divines.

Non. D'abord, il y eut le désir de Michelle Rossignol d'offrir une scène à une dramaturgie.

Ensuite, la combinaison des deux cadeaux.
Déjà, Les Fées avaient été, selon Michelet, les grands-mères gauloises qui avaient refusé de s'arrêter de chanter et de danser lors de la venue des Apôtres sur la Terre ancestrale. De toutes ces vitalités qui dans les légendes animent le corps des femmes, nous voici amenés dans une histoire de Divines.

Sept soeurs. Une famille contemporaine vue dans un fragment de vie où elles se racontent les unes par rapport aux autres. Et par rapport à une mère qui a voulu s'emparer du monde.

Nous les voyons dans un instant précis. Dans un rituel, une cérémonie où elles doivent, comme tout un chacun, dire un jour adieu à la mère et à l'enfance et devenir des femmes.

Gisèle Sallin, la metteure en scène, a lu ce théâtre comme une partition où les voix sont des instruments. La musique y sourd de l'intérieur.

Le scandale serait cette fois de ne pas les voir ni de les entendre.

Denise Boucher

La tragédie lumineuse

La structure des Divines est de pure essence tragique. Tous les éléments y sont: unité de temps, unité de lieu, unité d'action. Il y a le coup de théâtre au milieu de la pièce et la fatalité tragique: la mort.

Ce qui en fait une tragédie lumineuse, c'est la façon dont la fatalité tragique est abordée. La mort est attendue. Elle aura lieu au cours de la pièce. Les protagonistes le savent, mais il y a de leur part refus de subir le temps d'attente de cette mort comme étant la décision inéluctable des dieux.

Cette attitude transgresse la loi tragique de façon majeure.

Denise Boucher garde cependant dans sa pièce tous les éléments traditionnels de cette attente tragique: la peur, l'angoisse, les aveux et le rire. 

Le changement fondamental a lieu dans le fait que les protagonistes s'emparent de cette attente qui désormais n'appartient plus aux dieux mais aux hommes. Ici, aux femmes.

Et c'est là qu'apparait la tragédie lumineuse.

Devenant une action choisie, le temps agit sur les personnages, réplique après réplique, et leur permet ainsi d'évoluer, de se transformer, d'accepter en eux, librement, ce qui leur arrive. La mort devient un acte qu'il nous est demandé de vivre - non de subir - et qui nous appartient.

Les Divines s'approprient ce temps et vivent cette mort ensemble. Cela ressemble à une alchimie collective que j'aime appeler le deuil blanc.

Denise Boucher intervient dans l'écriture théâtrale comme Prométhée. Elle vole le feu aux dieux pour le donner aux femmes. Elle invente un texte fait de pulsions, de tournures et d'entrelacs. L'invention de cette écriture révèle un imaginaire, une pensée, une opposition profonde, une dissidence, une nécessité.

Et qui, aujourd'hui, reste capable d'attirer notre regard sur ce qui est vivant, donc sur ce qui est beau, sinon le poète?

Gisèle Sallin

Production

une coproduction du Théâtre d'Aujourd'hui et du Théâtre des Osses (Suisse)