Les Grands Départs

de Jacques Languirand

une production du Théâtre d'Aujourd'hui

du 19 septembre au 14 octobre 1989
+ 2 supplémentaires le 20 et 21 octobre 1989


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RÉSUMÉ

Jour de déménagement. Hector, auteur raté, vivant aux crochets de sa belle-famille, philosophe amer au milieu des boites et des meubles. Ce déménagement avive l'espoir de Margot, sa femme, qui souhaite commencer une nouvelle vie. La belle-soeur d'Hector, Eulalie, qui vit cachée dans le noir de sa chambre, voit revenir, vingt ans plus tard, son prétendant qui vient la chercher. Sophie, fille d'Hector et de Margot, sous le prétexte d'aller au cinéma, sort de la maison, espérant ne plus jamais revenir. Les deux fugues échoueront. Le beau-père paralytique, spectateur muet, quittera lui aussi ce huis-clos. Sera-t-il le seul à effectuer un départ sans retour?

texte Jacques Languirand mise en scène Jean Asselin interprétation Victor Désy, Gabriel Gascon, Sophie Gascon, Andrée Lachapelle, Roland Laroche, Michelle Rossignol assistance à la mise en scène et régie Ann-Marie Corbeil scénographie, costumes et maquillages Yvan Gaudin éclairages Nicholas Cernovitch musique originale Bernard Bonnier perruques Constant Natale

texte

Jacques Languirand

mise en scène

Jean Asselin

interprétation

Victor Désy

interprétation

Gabriel Gascon

interprétation

Sophie Gascon

interprétation

Andrée Lachapelle

interprétation

Roland Laroche

interprétation

Michelle Rossignol

Dans ma vie, j'ai souvent déménagé. Ranger des affaires dans des boites, remplir des valises, entasser des meubles. Tous ces objets qui créent un univers: objets utiles qui nous définissent, objets inutiles qui nous définissent encore bien davantage, -- le passé qui s'accroche comme pour nous retenir.

Et j'ai souvent été frappé par le retour en arrière que provoque l'action de déménager: on fait le point, on remet tout en question. Déménager, c'est tourner la page.

Et pourtant, sur la page blanche, le plus souvent s'inscriront les mêmes angoisses, se définiront les mêmes situations... Les mêmes meubles, les mêmes objets, les mêmes guenilles -- ailleurs. Il n'y a que le cadre qui change.

Pour les Grands Départs, je me suis plongé dans l'atmosphère de déménagement. J'ai remué des eaux stagnantes, et les vieilles hantises sont montées à la surface... Écrire, cela procède de l'exorcisme. On écrit à propos de la médiocrité pour se défaire de la  hantise de la médiocrité; à propos de l'impossibilité d'échapper aux autres qui nous enferment dans la définition qu'ils se font de nous, précisément pour leur échapper. Il s'agit de démonter le mécanisme pour apaiser la frayeur qu'il nous inspire.

On écrit d'abord pour soi. Mais aussi pour les autres. En démontant, par exemple, le mécanisme de la médiocrité, j'espère que les spectateurs en éprouveront, eux aussi, un apaisement.

L'humour, c'est aussi une façon de prendre du recul. Rire de ce qui nous oppresse. Ou mieux, en sourire. Se moquer de ce qui fait mal, c'est une démarche saine. Si j'étais en prison et que je parvenais à faire une comédie sur la perte de la liberté, il me semble que j'en éprouverais un sentiment de libération.

Mais tous ces propos, je les écris longtemps après avoir fini les Grands Départs. Au moment où je travaillais à la pièce, il me semblait, bien sûr, que je devais l'écrire mais je n'aurais pas pu dire à quels mobiles j'obéissais. J'écris comme on chante sous la douche, sans trop me poser de questions.

Il me semble même que si j'avais pu écrire tout ce qui précède avant de terminer les Grands Départs, je n'en serais jamais venu à bout.

Jacques Languirand

On déménage. La pratique montréalaise du déménagement de masse est à la fois fascinante et poétique. Manifestation de grégarisme ou son contraire? Toujours est-il que nous avons tous dans nos familles, un ou plusieurs spécialistes de l'empaquetage. Nos personnes mêmes, avec leur butin toujours plus lourd d'expérience s'apparentent à des colis en transit, colis dont on a peine à se remémorer le contenu.
La bonne conscience aidant, on se voudrait toujours prêt à partir; car « nul ne sait quand le voleur...». L'oisiveté aidant, la vie devient une croisière.

Véhicules de toutes sortes, autos, trains, avions, ordinateurs, téléphones, assurent à notre mémoire, et partant, à nos rêves, immortalité et apesanteur. Paradoxalement, ce contrôle du temps et de l'espace s'accompagne d'un immobilisme de plus en plus grand du corps, donc, de l'esprit. Les rêves changent de place plutôt que de se réaliser.

Chacun à sa façon, les six personnages des Grands Départs, veulent, changer le mal de place. Non pas le nier, simplement le déménager. Avec la modestie de l'équivoque, les Grands Départs portent un regard ironique, tendre, lucide et pragmatique sur la dérive perpétuelle d'une petite cargaison humaine.

Jean Asselin 

Production

une production du Théâtre d'Aujourd'hui