Les jumeaux d’Urantia

de Normand Canac-Marquis

une production du Théâtre de la Rallonge en collaboration avec le Théâtre d'Aujourd'hui

du 7 novembre au 2 décembre 1989
+ 3 supplémentaires le 6, 7 et 8 décembre 1989


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RÉSUMÉ

Au septième étage d'un parking sont aménagés les locaux d'une compagnie artistique: Urantia. C'est l'hiver, le soir tombe et le froid s'installe. Myriam, la directrice, lutte à la fois contre un mal physique qui la condamne et contre la disparition de la compagnie impliquée dans une affaire de fraude. Entre bons artistes et méchants hommes d'affaires, les combats sont douteux. Il faut pourtant choisir son camp. C'est à l'éclatement de la planète que nous assisterons. De beaux personnages, une certaine folie, des dialogues vifs au-delà du côté pittoresque de la langue.

texte Normand Canac-Marquis mise en scène Lorraine Pintal interprétation Anne Caron, Pierre Collin, Normand D'Amour, Germain Houde, Danielle Lépine, Patricia Nolin, Guy Thauvette assistance à la mise en scène et régie Maryse Labbé scénographie et accessoires Danièle Lévesque costumes Richard Lacroix éclairages Yvon Baril musique originale Vincent Dionne maquillages Jacques-Lee Pelletier direction de production Louis Léveillé

texte

Normand Canac-Marquis

mise en scène

Lorraine Pintal

interprétation

Anne Caron

interprétation

Pierre Collin

interprétation

Normand D'Amour

interprétation

Germain Houde

interprétation

Danielle Lépine

interprétation

Patricia Nolin

interprétation

Guy Thauvette

- Louis m'a téléphoné cet après-midi... Il veut le mot de l'auteur pour le programmes des Jumeaux...
- Ah oui?... Bon!

Elle fait ce geste de renverser ses cheveux pour que le feu s'y allume. Elle réussit.

- Je sais pas quoi écrire...
- C'est pas nouveau!
- Quoi?
- Tu sais jamais quoi écrire...

Elle sourit parce que ses yeux taquinent mon trouble qui, elle sait cela aussi, vaut bien une petite plaisanterie. Elle regarde la nuit. La fenêtre est trop fermée à son gout.

- Écris une poésie!
- ... Trop intime!

Elle prend une cigarette, je l'allume. Elle prend ma main pour que la flamme ne tremble plus. Petit délice. Elle souffle la fumée de côté, je suis ses mouvements.

- N'écris rien!
- C'est impoli.
- Ah bon! Je sais pas euh... Qu'est-ce que t'écris d'habitude?
- Euh... Ce que je vois...
- Tel quel?
- Ha han...

- Peux-tu écrire autre chose?
- Non, pas vraiment, j'ai déjà essayé mais ça me donne des étourdissements.
- Des étourdissements?
- Oui oui la tête me tourne, c'est vrai... J'te jure!

Elle rit encore de moi mais très peu. Elle se lève, va à la bibliothèque et prend quelques livres au hasard. Elle les dépose sur mes genoux comme si elle y déposait une bête à caliner.

- Tiens, lis! C'est excellent pour le vertige.

Elle m'embrasse sur le front. Ça me fait une goutte de glace sur la brulure. Elle éteint sa cigarette, le mautadit filtre de l'aquarium, une lampe près de la fenêtre. Elle entre dans la chambre. J'entends des soies qui se brisent. Il y a maintenant le silence, des livres qui ronronnent sur mes genoux et plus loin, elle, toute nue, qui se coule dans de beaux draps. J'entends la voix de cette enfant qu'elle m'a si souvent décrite.

- Bonne nuit...

Un temps. Puis je m'entends vous dire:

- Au fond, je ne parle que de ce qu'elle me raconte. 
Toute le reste... c'est de la fiction!

Normand Canac-Marquis

Cette pièce traduit un chaos, une fin de siècle, une apocalypse. Elle met en contact les forces spirituelles qui tentent de dominer les tendances régressives de notre éphémérité. Pour faire simple, elle parle de visible et d'invisible. Pour faire plus simple, elle traite de la création, point. Et pour faire encore plus simple: elle parle de Quelqu'un qui va mourir.

Après tant de simplicité, pourquoi faire plus compliqué?
Parce que les textes de Normand Canac-Marquis sont plutôt du niveau du dix-huitième couteau qui se glisse entre les multiples couches de notre cerveau.

Décider de plonger dans cet univers, c'est accepter la solitude du nageur dans les eaux froides de sa mémoire. C'est vivre avec l'angoisse double de sa propre finalité sachant que l'éternité existe malgré tout. Car, cette pièce parle d'espoir et de tolérance. Elle est excessive, tout comme son personnage pivot, Myriam, cette espèce de dame aux « dalhias » (l'image est de Patricia) autour de laquelle tout se désorganise. Myriam est partout, comme le Dieu de nos catéchismes. Ses jumeaux sont multiples. Tous les personnages se renvoient une gémelléité troublante qui fascine et déroute.

J'ai abordé cette pièce avec respect, en m'essuyant les pieds avant d'entrer. Cette fascinante complicité qui unit l'auteur et le metteur en scène se travaille, se mérite. Merci Normand pour « cette vision récupérée... qui tient plus de l'émotif que de l'historique ». Je laisse la parole à la gang d'Urantia.

Lorraine Pintal 

Production

une production du Théâtre de la Rallonge en collaboration avec le Théâtre d'Aujourd'hui