Fondre
Emmanuelle Jimenez
Une création du Théâtre du Tandem, du Théâtre de la Marée Haute et du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui
Salle Michelle-Rossignol
24 mars au 11 avril 2026
Représentation offerte en audiodescription

Texte
Dans une petite ville prospère, un immense fourneau gronde jour et nuit. Non loin, Fernand, retraité, vit paisiblement dans la maison familiale, entouré de ses deux filles et de leurs fils, les mini Fernand. Mais pendant que la ville fête son centenaire, une annonce bouleverse l’équilibre : toutes les maisons autour du fourneau seront rasées. L’une des filles, optimiste et confiante envers les autorités, voit là un progrès nécessaire. L’autre, rongée par l’inquiétude, s’alarme de la contamination. Au cœur de cette fracture, Fernand refuse de quitter sa maison.
Avec Fondre, Emmanuelle Jimenez signe une fresque à la fois lucide et onirique sur l’attachement aux lieux, les héritages empoisonnés et ce que le déni permet de préserver, jusqu’à ce que tout s’effondre. Entre fable écologique et drame familial, la pièce donne voix aux grondements d’un territoire, où le feu consume autant qu’il rassemble et où l’on s’accroche à ce qui nous détruit, faute de savoir s’en défaire.
Interprétation
Mot de l’autrice
Toutes les communautés qui doivent leur fondation et leur existence à des industries polluantes, les company towns, sont traversées par des questionnements existentiels. Malartic, Thetford Mines, Murdochville et tant d’autres à travers le monde… Leur histoire est celle d’une certaine vision du territoire et du développement. Une vision du monde emblématique de la crise environnementale mondiale.
Dans la foulée du scandale de l’arsenic à Rouyn-Noranda, je me suis intéressée plus largement à la question suivante : comment vivre dans un monde empoisonné ? Comment s’orienter quand deux récits collectifs s’opposent à ce point ? L’un qui crie très fort que notre milieu de vie est contaminé, et l’autre qui glorifie la prospérité offerte par ce qui nous empoisonne ? On capote ? On s’habitue ? On fait avec ? Ou on se révolte ? Entre le déni et l’anxiété, existe-t-il une voie de passage ?
La première fois que je suis allée à Rouyn-Noranda, je suis arrivée en pleine nuit. J’y ai découvert une cité dans la cité, une sorte de bête illuminée : un enchevêtrement complexe de tuyaux gigantesques et de bâtiments sulfureux au-dessus desquels trônent deux immenses tours. C’est la fonderie Horne. Gigantesque Mordor où jeter à la fois toutes nos richesses de métal, tous nos déchets impossibles, toutes nos haines et tous nos espoirs… Un feu où fondre le monde.
Cette fonderie, forte d’une expertise unique au monde, produit, entre autres, des anodes de cuivre et recycle des déchets électroniques. Ce faisant, elle émet des métaux lourds qui polluent la ville, contaminent le sol, l’air, les lacs, les animaux et les légumes des potagers. Un mal nécessaire ?
En 2019, une étude des autorités de la Santé publique révèle que le quartier Notre-Dame, voisin immédiat de la fonderie, est fortement contaminé à l’arsenic — hautement cancérigène et roi des poisons. La population de la ville, par ailleurs prospère et d’une grande vitalité culturelle, est grandement divisée. On s’entredéchire au centre d’achats, au conseil municipal, dans les chaumières.
En 2022, sur fond de campagne électorale provinciale, le premier Ministre déclare que ce sont les citoyen·ne·s de Rouyn-Noranda qui devront décider si la fonderie doit fermer… Devant une telle absence de leadership, on peut se demander si ce n’est pas l’État qui devrait fermer ses portes, ou s’il n’a pas déjà commencé à fondre. D’aucun·e·s diront que la planète est devenue un company world.
Je parcours les rues de Rouyn-Noranda, je respire son air, je m’y fais des ami·e·s. Je lis, je m’informe, je me pose un million de questions. Je rencontre des gens qui aiment la vie, qui aiment leur ville et qui ont des points de vue diamétralement opposés. À la fin de mon dernier séjour, au moment d’embarquer dans l’autobus, je ne comprends plus rien. Je ne sais plus quoi penser. Tout le monde a raison, tout le monde dit vrai. Dans ces conditions, comment on fait pour se parler et se comprendre ?
Pour le meilleur et pour le pire, on s’attache, nous, les humains. Aux territoires qu’on habite. Aux lieux qui nous voient naitre et grandir. On s’y réveille, on regarde dehors, on fait des projets, ça marche, ça marche pas, grand-papa meurt, on s’effondre, on se relève, on organise des barbecues, on danse, on fait l’amour, on rit, on développe des amitiés, on vit notre best life… Et à la fin, on dit : Je suis chez moi, ici. Tout est là : dans la force du chez nous qui donne un sens à l’existence et qui définit, au-delà de la contamination, notre place dans le monde, dans la Nature. La grande Nature.
La Terre est si belle. La vie est une chance, malgré les poussières et les cœurs brisés.
Fondre est une histoire inventée. C’est la tienne. C’est la nôtre. Nous vivons dans un monde empoisonné et fatigué. Un monde courageux bientôt ?
— Emmanuelle Jimenez
Mot du metteur en scène
J’ai rencontré les citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda par l’entremise de Michelin, un spectacle dans lequel je me racontais avec toute ma vulnérabilité. Mettre en scène aujourd’hui Fondre, un projet aussi chargé de sens et inspiré de la relation à la fonderie Horne, m’oblige à un investissement encore plus grand : celui de me mettre au service d’une population.
Je ne peux pas mettre en scène la relation de cette population avec la fonderie. Je ne m’en sens pas légitime. Je ne peux raconter aussi bien qu’eux leur réalité, leur histoire, leur rapport complexe à une entreprise qui marque profondément le territoire. Cette parole leur appartient.
Mais je peux raconter ce que je connais.
Venant d’une famille où les points de vue divergent, je pouvais mettre en scène cette fracture intime. Je pouvais mettre en scène la divergence d’opinions qui altère parfois les relations familiales, les silences qui s’installent, l’amour qui persiste malgré les désaccords. Je pouvais mettre en scène l’angoisse face à des choix de société qui nous dépassent, ces décisions collectives qui s’invitent jusque dans nos cuisines, nos repas, nos liens les plus proches.
Fondre ne cherche pas à parler à la place de, mais à faire résonner. À faire entendre ce moment où l’intime et le politique se rencontrent, où l’on tente de rester ensemble malgré ce qui nous divise. C’est à cet endroit-là que je me tiens, humblement, en espérant que le théâtre puisse devenir un espace d’écoute, de tension féconde et, peut-être, de rapprochement.
— Michel-Maxime Legault
Théâtre du Tandem

Implanté en Abitibi et au Témiscamingue, le Théâtre du Tandem se donne pour mission de rendre compte de la réalité et de l’imaginaire des citoyens d’un territoire considéré comme une « région ressource ».
La compagnie travaille à l’émergence d’une parole artistique en accompagnant des artistes oeuvrant sur le territoire de l’Abitibi-Témiscamingue ou reliés à son imaginaire.
Elle s’emploie également à créer des dispositifs de mise en dialogue et d’émulation, des espaces d’interaction et de réciprocité. Ce faisant, la compagnie assure un rôle de passerelle, de courroie de transmission entre des artistes implantés en Abitibi-Témiscamingue et des créateurs d’ailleurs, conviés à venir partager avec notre équipe une même réflexion, un même imaginaire.
Théâtre de la Marée Haute

Marée Haute : Mouvement oscillatoire de niveau de la mer dû à l’attraction de la Lune et du Soleil sur la masse d’eau des océans. Déformation d’un astre (ou d’un être) sous l’action gravitationnelle de son environnement.
Le Théâtre de la Marée Haute veut faire de ce phénomène naturel un phénomène théâtral : comprendre l’influence d’un élément sur un autre, cerner l’incidence d’un être humain sur son proche, de la société sur nous. Exposer la complexité et les faiblesses de l’humain dans ses rapports aux autres, par rapport aux autres ; voilà le mandat que s’est donné le Théâtre de la Marée Haute.
Actualités
Je vous ai vus : vous mangez de la neige. Vous. Ne. Pouvez. Pas. Manger. De. La. Neige. Vous. Ne. Pouvez. Pas. Ça fait combien de fois que je vous le dis. Vous pouvez pas ronger vos ongles. Vous pouvez pas vous décrotter le nez. Vous pouvez pas jouer dans le sable. Vous pouvez pas être des enfants ici. Vous pouvez pas vivre.
Extraits
Équipe de création
Dramaturgie
Scénographie
Lumière
Vidéo
Costumes
Accessoires
Mouvement
Maquillages et coiffures
Stagiaire d’intégration en assistance à la mise en scène et régie
Alice Wistaff
Chargé de projet décor

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